Quel est l’intérêt de la méthode C-K à l’heure de l’industrie 4.0 ?

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Quel est l’intérêt de la méthode C-K à l’heure de l’industrie 4.0 ?

Introduction 

Le but de cet article est d’approfondir une méthode de créativité qui peut paraître complexe  tant au niveau de sa mise en place que de sa durée dans le temps mais qui est redoutablement efficace : La méthode C-K.

Débutons par un peu d’histoire. La théorie C-K est créée en 1996 au sein du centre de gestion scientifique de l’école des MINES PartisTech. Le chercheur Armand Hatcuel en pose les bases qui seront approfondis par Benoît Weil de 1996 à 2003. Ces travaux ont ensuite été enrichis par de nombreux chercheurs tels que Pascal Le Masson, Aklien Kazakçi, Yoram Reich et Blanche Segestion. En 2009, Le centre de gestion scientifique de l’école des MINES ParisTech lance la chaire TMCI (Théorie et Méthodes de la Conception Innovante) dont cinq entreprises en soutiennent la création (Dassault Systèmes, La RATP, Renault, Thalès et Vallourec). Grâce à ces entreprises, auquel vont s’ajouter La SNCF et ST-Microelectronics un peu plus tard, la théorie C-K a pu être expérimentée sur des applications industrielles  afin d’optimiser les méthodes et les outils issus de cette théorie. J’ai volontairement synthétisé l’historique de cette théorie, si vous souhaitez en apprendre plus, des sources permettant de l’approfondir sont disponibles en fin de cet article. 

 

C’est une méthode de créativité qui est dorénavant fréquemment utilisée dans de grands groupes pour les projets innovants. Il s’agit d’un triple changement de paradigme qui induit une révolution sociétale :

  • L’économie est ouverte à l’échelle de la planète
  • Les ressources sont finies
  • Les outils numériques se diffusent dans tous les secteurs

La méthode C-K permet de créer un fond de carte et de choisir les voies que les équipes travailleront en vue de leur positionnement à 5 – 10 ou 15 ans. Pour cela, outre une cartographie des projets de R&D déjà menés, des connaissances nouvelles sont apportées (nécessaires à l’innovation) puis de nouveaux concepts sont explorés.

La démarche comporte 4 étapes :

  • Define : Définition du cadre du projet pour sélectionner des connaissances manquantes.
  • Knowledge : Une journée qui permet d’apporter de nouvelles connaissances, nécessaires à la conception innovante. Cette journée permet de définir des axes de travail (concepts projecteurs).
  • Concept : Une journée de créativité qui aboutit à une vingtaine de concepts qui sont alors cartographiés pour donner un fond de carte des possibilités.
  • Plan : Notation des idées et définition de la ligne constructrice d’amélioration. 

La démarche ci-dessous est un exemple de mise en place de la méthode C-K dans un milieu industriel. Chaque organisateur va mettre en place des variantes tout au long de cette méthode afin de l’adapter à son environnement, ses interlocuteurs et son besoin. 

DEFINE

La phase « Define » est la première étape de la méthode. Il s’agit dans cette phase de recueillir un maximum de connaissances en préparant une base bibliographique où toutes les innovations réalisées par la société (ou ses concurrents directs) sont répertoriées. 

En parallèle de cette veille technologique et concurrentielle, des interviews auprès d’experts de l’entreprise sont réalisées. En effet, chaque société possède des personnes expérimentées dont les connaissances et l’expérience sont indispensables pour mener à bien un projet d’innovation. Lors de ces interviews, différents thèmes sont abordés dont les perspectives / évolutions et les réflexions sur le projet en cours. Afin de rentre cette veille plus visuelle, la création d’un Wordle ou équivalent est conseillé afin de  montrer quels sont les points essentiels à ne pas oublier sur le projet. 

 

 

Cette phase Define permet de préparer la phase suivante en définissant différentes thématiques. Voici quelques exemples de thématiques que nous pouvons retrouver dans le domaine industriel:  

  • L’usine économe en énergie
  • L’usine zéro polluant
  • L’usine numérique
  • L’innovation frugale

 

CONNAISSANCE

 

La phase de « partage des connaissances » permet, à partir des éléments peu ou pas explorés dans la partie R&D, d’apporter des connaissances nouvelles. Pour cela, une journée de partage (Session K pour Knowledge) est organisée autour d’intervention sur le champ complet du domaine d’activité.

Cette journée se divise en deux phases : 

  • Une phase de module de partage qui se déroule en trois parties : 
    • Une présentation d’une thématique définie en Phase Define 
    • Un brainstorming (ou une synthèse flash) de 20 minutes en sous-groupes pour capter les points clés relatifs suivants : qu’est-ce que j’ai appris, quelles sont les surprises, ai-je des questions pour l’intervenant et ai-je des premières pistes d’idées. 
    • Une phase d’échange en commun et de questions-réponses entres les participants et l’intervenant. Une fois l’échange terminé, le processus est reconduit autant de fois qu’il y a de thématiques.
  • Un module de convergence qui permet de mettre en commun toutes les idées avancées lors des modules de partage pour proposer par groupe un maximum de quatre axes concepts projecteur. Ces différents concepts permettront de préparer la session suivante (session C) qui sera principalement basée sur de la créativité.

Voici quelques exemples de concepts projecteurs que nous pouvons retrouver dans le domaine industriel : 

  • Usine en symbiose avec son environnement
  • Repenser la relation client
  • Chaîne de pilotage intégrée
  • Re-engineering centré sur les besoins

 

CONCEPT

 

La phase de « Créativité » permet à partir des concepts projecteurs définis dans la session « partage de connaissance »  de dégager des idées. Pour cela, une journée de créativité (Session C pour Creativity) a été organisée. Les intervenants présents lors de cette session sont pour la plupart les mêmes que la session précédente. 

Cette phase se divise en trois ateliers et se renouvelle autant de fois qu’il y a de concept projecteur: 

  • Un atelier de divergence réalisé en groupe pour sur un concept projecteur. Il s’agit ici de commencer à donner les idées qui peuvent être intéressantes sur les problèmes de chaque concept projecteur.
  • Une restitution en plénière, avec l’intégralité des participants. Une synthèse de l’atelier de divergence est présentée, suivie d’un débat. 
  • Un atelier de développent où les participants approfondisse le plus possible les idées qui ont été émises en atelier de divergence. Le but est de détailler l’idée en apportant une lecture PPCO (Plus, Potentiel, Contrainte, Option pour lever les contraintes). 
  • Une restitution des PPCO sur chaque idée. 

PLAN


La phase Concept a permis d’élaborer des fiches idées qui doivent maintenant être noté suivants trois grandes familles :

  • La notation C-K :
    • Quantité de connaissances à acquérir nécessaires à l’élaboration du concept par rapport aux connaissances actuelles de l’entreprise (Delta K)
    • Nouveauté du concept par rapport à ce qui se fait actuellement, acceptabilité par le marché et par l’interne (Delta C) 
  • Le temps nécessaire à sa mise en place : 
    • Court terme (2ans)
    • Moyen terme (5ans)
    • Long terme (10 ans)
  • L’objet d’une évaluation des connaissances qui manquent avant de pouvoir le mettre en place
  • Quantifié en terme de potentiel de réduction de coût atteignable par sa mise en place
    • 1 étoile     : Gain < 10 % 
    • 2 étoiles : Gain < 25 %
    • 3 étoiles : 50 % ou plus

On pourra alors déterminer des chemins, des travaux de recherche, des expérimentations, des projets pilotes pour faire évoluer l’entreprise, la positionner sur de nouveaux produits ou process pour construire moins cher. 

Les fiches idées étant maintenant notées, nous pouvons créer une matrice C-K qui va nous donner une cartographie de la faisabilité de nos idées. La création d’une matrice C-K s’effectue en plaçant l’intégralité des idées sur un graphique à deux axes : le Delta C (l’écart d’acceptabilité entre le moment de la notation et le niveau à avoir pour mettre en place l’idée) et le Delta K (l’écart de connaissance également entre le moment de la notation et le niveau à développer pour mettre en place l’idée). 

Si nous prenons l’exemple ci-dessous, nous avons une multitude d’idées qui sont placées sur la matrice C-K. Nous pouvons voir d’après notre matrice que le concept A3 ne demande quasiment aucune connaissance nouvelle à l’entreprise et ne pose pas de problème d’acceptabilité. Ce concept peut donc être rapidement intégré aux usines contrairement au D2 où l’entreprise n’a aucune connaissance dans ce sujet. Le but pour les sociétés utilisant la méthodologie C-K est donc de créer une « ligne directrice » qui va nous donner un plan d’action en fonction de notre besoin afin d’avoir des objectifs à court, moyen et long terme (voir exemple de ligne directrice en rouge sur la matrice C-K ci-dessous). 

 

Comme nous avons pu le voir, la méthode C-K permet de transformer des problématiques concrètes en idée applicable ou non en fonction de chaque entreprise. Contrairement à d’autres méthodes de créativité plus connues et plus simples à mettre en place, la méthode C-K permet de développer des conceptions et des innovations de rupture qui auront une forte valeur ajoutée. D’un point de vue purement financier, la mise en place de ligne directrice allant de la simple amélioration à l’innovation de rupture permet d’avoir des résultats concrets sur un espace de temps allant du court au long terme. Nous voyons trop souvent des entreprises se démotiver et manquer de moyens lors de l’attaque d’une phase de recherche et développement ayant pour unique but la conception d’un objet, d’un service qui est en rupture avec son temps. La méthode C-K permet donc de palier à cette phase de stagnation tant d’un point technique, financier ou d’acceptabilité. En conclusion, cette méthodologie est certes lourde à mettre en place, mais les avantages qu’elle procure sont indéniables et justifient son utilisation.

 

[email protected]  +33 (0) 2 85 52 68 39 

Rédigé par Audric Montigaud, diplômé ISTIA 2015, Consultant Baldwin Partners

Sources :

Source : Méthode C-K, Innovation, Créativité, processus d’innovation

Des innovations de rupture grâce à la méthode C-K, Frédéric Duriez

https://cursus.edu/articles/36094/des-innovations-de-rupture-grace-a-la-methode-c-k#.XXDusS4zbRY

La théorie C-K, ck-theory.org

https://www.ck-theory.org/la-theorie-ck/

5 minutes pour comprendre C-K, une méthode pour manager l’innovation, Frédéric Arnoux

https://www.wearestim.com/fr/blog/5-minutes-pour-comprendre-c-k/

La théorie C-K, un fondement formel aux théories de l’innovation, Armand Hatchuel et Benoit Weil

https://hal-mines-paristech.archives-ouvertes.fr/hal-01243331/document

Introduction à la conception innovante : Eléments théoriques et pratiques de la théorie C-K. Marine Agogué / Frédéric Arnoux / Ingi Brown / Sophie Hooge

 

Théorie C-K – Fondement et implications d’une théorie de la conception, Pascal Le Masson / Armand Hatchuel / Benoit Weil

https://www.techniques-ingenieur.fr/base-documentaire/procedes-chimie-bio-agro-th2/innovations-en-genie-des-procedes-42487210/theorie-c-k-j8115/

La fabrique de l’innovation – 2e édition. Gilles Garel / Elmar Mock

 

Théorie et Méthodes de la Conception Innovante, MINES ParisTech

http://www.tmci.mines-paristech.fr/

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